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"Une grande enquête Sondagem-Le Devoir sur les priorités et les aspirations des Québécois". Vous pouvez cliquer ici pour télécharger le fichier Word contenant le résumé de l'enquête. Textes reproduits avec l'autorisation du Devoir pour fins pédagogiques.
A) Le changement social (théorie)
B) Le changement social au Québec

A- Le changement social

Bottomore (T.B.), " Changement, développement, progrès ", Chapitre XVII, (pages 289 à 302). INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE. Traduction de l’Anglais. Collection Bibliothèque scientifique. Paris: Payot Éditeur, 354 pages.

"La sociologie fut, depuis ses débuts, étroitement liée à la philosophie de l'histoire et à l'interprétation des changements rapides et souvent violents qui modifièrent les sociétés européennes au XVIIe et au XIXe siècle. Les historiens et les philosophes écossais (Ferguson, Millar et Robertson en particulier), les philosophes français (Voltaire, Turgot, Condorcet), les historiens et les philosophes allemands (Herder, Hegel) se sont tous appliqués à expliquer ou à interpréter les révolutions sociales et politiques de leur temps dans le cadre d'une théorie générale de l'histoire.

"Leur influence fut considérable et transparaît nettement dans les oeuvres des écrivains qui les ont suivis, tels que Saint-Simon et Buckle, ainsi que chez les premiers sociologues, Comte, Marx et Spencer.

"La méthode historique ou évolutionniste dominait encore en sociologie et en anthropologie à la fin du XIXe siècle. Bien que Max Weber n'ait jamais avancé une théorie générale de l'histoire, il est clair cependant que toute son oeuvre sociologique a été inspirée par l’intérêt historique qu'il portait aux origines et à la signification du capitalisme moderne en Occident, et plus largement encore par les problèmes que lui posait la croissante rationalisation de la vie sociale et ses conséquences pour la liberté humaine. Durkheim rejetait la sociologie évolutionniste de Comte, mais sa propre typologie des sociétés repose quand même sur un schéma évolutionniste et De la division du travail social se réfère constamment au processus historique du passage des sociétés primitives aux sociétés modernes. Hobhouse se rattache plus directement à Comte et à Spencer, et l'ensemble de ses recherches sociologiques s'inspire manifestement de la conception que les philosophes se faisaient du progrès social.

Bottomore (T.B.), "
Les facteurs du changement social", Chapitre XVIII, (pages 303 à 319). INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE. Traduction de l’Anglais. Collection Bibliothèque scientifique. Paris: Payot Éditeur, 354 pages.

"L'analyse sociologique du changement social exige, pour commencer, un modèle beaucoup plus précis et moins ambitieux que les théories générales que nous avons examinées dans le chapitre précédent, modèle permettant de délimiter exactement les problèmes et de présenter les conclusions de façon plus méthodique. Gerth et Mills ont esquissé un tel modèle dans leur ouvrage Character and Social Structure. À cette occasion ils posent six questions significatives: (i) qu'est-ce qui change? (ii) comment se fait le changement? (iii) quelle est la direction du changement? (iv) quel est le rythme du changement ? (v) pourquoi y a-t-il eu changement et qu'est-ce qui l'a rendu possible? (vi) quels sont les principaux facteurs du changement social ?

Bouchard (André), Le changement. Texte d’accompagnement pour le cours "FORMATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE 131". Ministère de l’éducation, octobre 1974, 32 pages. Document no 38-2721.

L'auteur aborde les questions suivantes: La nature du changement (le changement non planifié et le changement planifié), les catégories de changement (les changements socioculturels, 2. les changements éducationnels, 3. les changements dans les méthodes de travail, 4. les changements technico-économiques), le mécanisme du changement (l'interaction des composantes d’une société face au changement , le changement et les paliers d’une société).

Coulson (Margaret A.) et Diddell (Carol), "
Changement social" in DEVENIR SOCIOLOGUE, Chapitre quatrième, , pages 121 à 138. Deuxième édition. Traduction de l’Anglais. Collection "Recherches et documents". Montréal: Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1992,202 pages.

"Pour expliquer les phénomènes sociaux, si nous rejetons un principe extra-social comme celui du maintien de l'ordre pour comprendre le fonctionnement de la société, il faut avoir recours à la position des groupes sociaux dans la structure sociale. Un tel examen suppose l'étude de l'interaction entre les groupes pendant une certaine période; donc, toute analyse sociologique est, jusqu'à un certain point, historique et dynamique. Pour les raisons déjà explicitées, nous devons nous attendre à ce que beaucoup d'études de type fonctionnaliste ignorent cet élément dynamique, et c'est, en effet, ce qui se produit. Cependant, elles introduisent subrepticement des suppositions concernant les antécédents des événements qu'elles tentent d'expliquer. Ces suppositions n'étant pas justifiées, toutes ces études sont fondamentalement inadéquates, malgré leurs prétentions à une méthodologie rigoureuse.

"Certains auteurs ont critiqué le fonctionnalisme et ses variantes, en faisant remarquer que cette théorie ne tient pas compte du changement social qui s'est opéré dans toutes les sociétés du monde depuis deux mille ans, et du fait que ce changement universel et continu concerne aussi bien l'ensemble des structures sociales que leurs parties. Le principal avocat de ce point de vue fut sans doute Ralf Dahrendorf, qui a formulé ses critiques dans le passionnant article intitulé "Out of Utopia" (1964). De tels auteurs ont raison jusqu'à un certain point, mais ils ne s'attaquent pas au faux principe qui attribue à la société un motif supra-social, soit le maintien de l'ordre. En fait, ils font la même erreur d'un point de vue opposé, en prétendant que quelque chose de mystérieux force la société à changer continuellement, à moins que ce mouvement ne soit entravé. Dahrendorf écrit:

"Un renversement galiléen de la pensée doit nous obliger à reconnaître que toutes les unités de l'organisation sociale changent continuellement, à moins qu'une force n'intervienne pour arrêter ce change-ment.

"Cette assertion, comme son contraire, est sans fondement, mais cela a permis à certains auteurs de prétendre qu'il existe, en sociologie, un choix basé surtout sur le tempérament du sociologue. Les personnes accommodantes préféreront sans doute une conception basée sur l'ordre, alors que les gens dynamiques et remuants choisiront la notion de changement. Cohen, un auteur britannique, préfère l'ordre pour quatre raisons fallacieuses et inexpliquées (Cohen, 1968, p. 18, par. 1; trouvez pourquoi elles sont fallacieuses). Chinoy estime qu'il faut un peu des deux (Chinoy, 1967, ch. 5, "Modes of Sociological Analysis"—un chapitre plein de toutes les erreurs que nous avons décrites concernant l'utilisation du mot société). Inkeles reconnaît que différentes méthodes altèrent les résultats, mais il refuse de les discuter (Inkeles, 1964, ch. 4, pp. 34-39).

Fichter (Joseph-H.) (1957), ), "
Le changement" LA SOCIOLOGIE. NOTIONS DE BASE. Chapitre XV (pages 207 à 218). Traduit de l'Anglais. Paris: Éditions universitaires, 1965, 264 pages.

"Toute société et toute culture, si traditionnelles et conservatrices qu'elles soient, subissent constamment le changement. Cela veut dire que le domaine qui fait l'objet de notre étude - les phénomènes sociaux et culturels - ne peut jamais être complètement statique. Le changement est inhérent à sa nature même. L'unité centrale de la société, la personne sociale, est sujette aux faits universels de la naissance, la maturation, le vieillissement et la mort ; finalement tout le personnel d'une société disparaît et est remplacé par un autre. L'unité minimum de la culture, le schème de comportement, bien qu'il soit plus durable que les personnes qui l'accomplissent, est sujet aussi à bien des facteurs de changement.

"Le changement se définit brièvement comme une variation par rapport à un état ou un mode d'existence antérieur, Il a toujours quelque chose qui subit la variation et cet objet changé représente une modification et une combinaison des modes qui existaient. Le sociologue affronte ici le vieux problème philosophique de la permanence et de la fluidité, de l'unité dans la variété. Nous avons vu que les phénomènes socioculturels de base doivent être présents d'une façon permanente, même à travers le changement. Les groupes et les institutions de base - familial, éducatif, économique, politique, religieux et récréatif - peuvent changer de forme et de contenu, mais ils sont nécessairement présents partout où il y a une vie sociale organisée.

König (René), "
CHANGEMENT SOCIAL", in ouvrage sous la direction de René König, SOCIOLOGIE, pages 49 à 55. Traduction de l’Allemand. Collection "Nouvelle bibliothèque scientifique". Paris: Flammarion Éditeur, 1992, 418 pages

"Le terme de " changement social " a été introduit dans le vocabulaire sociologique, sous la forme " social change " par W. F. Ogburn (1886-1959) pour remplacer l'ancienne expression de " dynamique sociale " et surtout les nombreux termes qui en dérivaient tels que " progrès " ou " évolution " et qui étaient, soit trop vagues, soit chargés de connotations affectives. Le terme de " dynamique sociale " qui suppose, en s'y opposant, l'existence d'une " statique sociale ", ne répond pas au problème posé, celui du changement social global, car même dans les systèmes stationnaires il existe toujours des processus sociaux qui sont par nature dynamiques Il faut donc distinguer les processus évolutifs au sein d'un système social du changement de ce même système (T Parsons); seul ce dernier peut être qualifié de changement social au sens restreint. Les termes de " progrès " et de " développement " sont empreints d'une charge affective, car ils supposent une direction donnée à ce changement en le fixant, soit comme but à atteindre, soit comme un facteur actuellement existant, dont le déroulement est fixé dès l'origine et qui ne peut que se développer (jeunesse, âge adulte, vieillesse).

Lojkine (Jean), "
Pour une analyse marxiste du changement social" in revue SOCIOLOGIE DU TRAVAIL, vol 11, no 3, juillet-septembre 1969, pages 259 à 286. Paris: Éditions du Seuil.

"Prenant l'exemple de certains travaux français, I'auteur reproche aux études sur le changement institutionnel de ne pas rendre compte des processus réels de changement. À l'origine de cet échec se trouve le fait qu'elles isolent arbitrairement les institutions. Dans le cadre d'une sociologie marxiste, il apparaît au contraire possible de lier l'analyse institutionnelle à celle des rapports de classe à travers des notions comme celles de forme phénoménale, d'autonomisation et de renversement.

MAHEU (Louis), "
Note critique. crise de l’université, mouvement étudiant et conflits sociaux: étude critique de textes sociologiques français et étrangers" in revue SOCIOLOGIE DU TRAVAIL, vol 11, no 3, juillet-septembre 1969, pages 259 à 286.
Paris: Éditions du Seuil.

"Cette note a pour objet de faire l'inventaire des multiples analyses portant sur les problèmes universitaires, les mouvements étudiants et leurs répercussions sociales. Elle vise à dégager différents modes d'approche théorique généraux dans ce domaine de recherche, à les classer, à montrer leurs potentialités et leurs limites respectives. Si nous faisons une place privilégiée aux auteurs qui ont appliqué leur cadre théorique à l'étude de phénomènes socio-historiques singuliers, c'est parce que cela permet de mieux comprendre les éléments de leurs systèmes conceptuels, et également de mieux juger de la validité de leurs méthodes (mise en rapport de la théorie et du découpage des faits sociaux). Mais nous panerons également d'auteurs qui se sont consacrés surtout à des analyses théoriques.

"L'étude de la littérature sociologique américaine, allemande, française, et de quelques textes italiens nous amène à diviser cette note en trois grands chapitres. Dans le premier, nous avons regroupé une série d'analyses représentatives des tendances multiples d'une école que l'on peut appeler globalement fonctionnaliste, bien que l'accent soit mis, par les uns, davantage sur le rôle social de l'Université au sein des processus fonctionnels internes au système social, par les autres, davantage sur les processus de déséquilibrage et de changements sociaux. Dans le second chapitre, nous avons passé en revue les analyses d'auteurs venant de familles théoriques distinctes, mais ayant une démarche de base commune, consistant à placer les systèmes culturels, les institutions et les bouleversements dont ils sont le siège dans le cadre du mouvement dialectique de rapports sociaux historiques, quelle que soit la façon dont ces derniers sont définis et quel que soit le modèle de la relation établie entre ces diverses dimensions de la société historique. Dans le troisième chapitre, nous avons exposé quelques recherches sur le problème étudiant et universitaire allemand. Comme l'histoire déjà longue de ce mouvement étudiant a été assez profondément liée au contexte socio-politique de l'Allemagne contemporaine, nous avons préféré présenter cette littérature selon ses particularismes propres.

Mendras (Henri) et Forsé (Michel) "
DU DÉTERMINISME À L’INTERACTIONNISME", in LE CHANGEMENT SOCIAL. TENDANCES ET PARADIGMES. Chapitre 5, (pages 127 à 154). Collection Sociologie. Paris: Armand Colin, 1991, 284 pages.

"Selon que l'on conçoit la société comme un tout en état d'équilibre spontané, ou au contraire que l'on met l'accent sur les tensions et les conflits qui la traversent, on aboutit à deux versions irréductibles du changement social.

"La sociologie n'est pas la seule science à être divisée entre ces conceptions opposées. En physique, I'apparition de la thermodynamique, avec son principe d'entropie, c'est-à-dire de désordre croissant, a bousculé la thèse d'un univers bien ordonné. Plus proche de nous, les économistes se disputent toujours pour savoir s'il faut être libéral et penser que les marchés auto régulent spontanément, ou s'il faut être interventionniste, parce qu'un système économique requiert, pour être équilibré, certaines interventions de l’État.

"Dans notre discipline, la thèse de l'équilibre, que l'on peut qualifier de fonctionnaliste, conduit logiquement à deux théories globales du changement. La première considère que la succession des sociétés est le fait d'une évolution, et la seconde, que nous qualifions de déterministe, essaye de rechercher, derrière la diversité de ces " évolutions ", une chaîne primaire de causalité qui les ordonne en une régularité immuable. L'évolutionnisme conduit à une vision déterministe de la société, et la réciproque est également bien souvent vérifiée. La thèse des déséquilibres, en mettant l'accent sur les multiples interactions, tensions et conflits qui se produisent à la base de la société, conduit à l'interactionnisme ou à " I'agonistique ". Agonistique est pris ici dans un sens néologique et synonyme de sociologie des conflits et de la coercition, et pas nécessairement au sens de théorie révolutionnaire. Nous revenons ainsi au sens premier: " Qui concerne la lutte ", en évacuant l'altération introduite par Plutarque: " Qui aime la lutte ", et qui avait amené à employer ce terme, dans la tradition philosophique, à propos de toute doctrine prônant le combat.

Rocher (Guy), "
Problèmes d’une sociologie de l’historicité", in INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE GÉNÉRALE. TOME 3: LE CHANGEMENT SOCIAL, Chapitre X, pp. 389 à 403. Montréal: Édition Hurtubise HMH, Ltée, 1995, 685 pages.

L'auteur aborde les notions d’évolution et de changement social.

La notion d'évolution sociale

"Il y a d'abord lieu d'établir une distinction entre l'évolution sociale et le changement social. On s'accorde généralement à dire que l'évolution sociale est l'ensemble des transformations que connaît une société pendant une longue période, c'est-à-dire pendant une période qui dépasse la vie d'une seule génération ou même de plusieurs générations. L'évolution sociale se rapporte donc à ce qu'on pourrait appeler des tendances séculaires, qu'on ne peut observer à une échelle réduite, mais qui apparaissent lorsqu'on adopte une perspective à très long terme.

À ce niveau d'analyse, les menus changements s'estompent; il ne reste que l'effet cumulatif d'un grand nombre de changements, pour constituer une certaine ligne ou une courbe qui décrit le sens ou le mouvement d'une tendance générale. L'évolution sociale n'est donc observable qu'à haute altitude, où les détails du paysage se fondent dans une image ou un mouvement d'ensemble.

La notion de changement social

"Le changement social consiste plutôt en transformations observables et vérifiables sur de plus courtes périodes de temps. Un même observateur peut, durant sa vie ou même durant une brève période de sa vie, en suivre le développement et en connaître l'issue, ou ce qu'on en peut considérer provisoirement comme l'issue. De plus, le changement social est davantage localisé géographiquement et sociologiquement: on peut généralement l'observer à l'intérieur d'une aire géographique ou dans un cadre socioculturel plus limités que l'évolution.

Rocher (Guy), "
Les agents du changement social", in INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE GÉNÉRALE. TOME 3: LE CHANGEMENT SOCIAL. Chapitre XII, pp. 407 à 445. Montréal: Édition Hurtubise HMH, Ltée, 1995, 685 pages.

"À travers les grands facteurs historiques que nous avons analysés dans le chapitre précédent, ce sont les hommes qui font l’histoire des sociétés, ce sont leurs actions et leurs décisions qui déterminent le destin des collectivités.

"Karl Marx a précisément voulu le rappeler aux philosophes idéalistes: l’histoire sociale résulte de la praxis d’hommes ayant des besoins, qu’ils ne peuvent satisfaire que par le travail et la production. De même, Max Weber a souligné que l’éthique protestante ou ascétique s’exprime par la réaction de croyants à la dureté intolérable de la doctrine de la Prédestination. L’un et l’autre nous renvoient donc à l’homme, à ses besoins, à ses réactions et à son action.

"C’est en suivant cet enseignement que nous avons distingué plus haut entre changement social et action historique. Dans le chapitre précédent, nous avons passé en revue un certain nombre d’explications du changement social, à partir de divers facteurs et conditions du changement. Nous pouvons maintenant entreprendre l’étude de l’action historique, c’est-à-dire l’action des divers agents qui influencent le cours historique de leur société.

"Dans le présent chapitre, nous allons donc poursuivre l’étude de l’historicité, mais sous un angle différent: sous l’angle des agents actifs de l’histoire. Nous allons analyser tout particulièrement le rôle des élites, le rôle des mouvements sociaux et des groupes de pression; nous allons aussi considérer les rapports entre les élites ou les leaders et les mouvements ou les groupes sur lesquels ils s’appuient; nous ferons enfin état de recherches récentes en psychologie sociale portant sur certains traits psychiques des agents novateurs.

TOURAINE (Alain), "
Fini le règne des idéologies, place aux acteurs sociaux" in LE DEVOIR, Montréal, mercredi 7 janvier 1987, page 17 - Des idées, des événements

"Le sociologue français commente les manifestations étudiantes qui ont secoué la France il y a quelques semaines.

"LA SOCIÉTÉ française, nous le savons depuis longtemps, ne se transforme que par ruptures, qui portent en elles à la fois des mutations accélérées et de nouveaux blocages. À court terme au moins, l'action étudiante risque de paralyser les universités plutôt que de les faire évoluer; mais le sens principal du soulèvement de décembre est ailleurs: dans la transformation accélérée de notre culture politique.

"Pendant très longtemps, la gauche comme la droite en France ont rêvé d'un type parfait de société et d'un principe général d’organisation qui serait au-dessus des acteurs sociaux, de leurs demandes et de leurs rapports. La gauche a cru à l'État, la droite au marché. En réalité, ces idéologies et ces programmes ont servi surtout de couverture à la défense de catégories qui avaient peur du changement et souhaitaient être protégées. La politique devint à la fois doctrinaire et clientéliste. La réalité économique, sociale et culturelle, se dissocia de la politique et de ses rhétoriques faussement opposées.

B- Le changement social au Québec

BEAUCHAMP (André), "La transformation des valeurs" in revue L’ACTION NATIONALE, vol. 83, no 9, novembre 1993, pages 1248 à 1265.

"La saga de la cigarette montre aussi les hauts et les bas de la fluctuation des valeurs. Jusqu'à la fin des années soixante, la cigarette hautement valorisée dans les films (le guerrier mourait en fumant son dernier joint) était interdite - parfois sous peine d'expulsion - dans les collèges. On disait que c'était dangereux pour la santé, inconvenant, grossier, surtout pour une femme, etc. Après 1960, la cigarette est devenue un mode de vie essentiel, une revendication fébrile de liberté et tous les locaux de cours surtout à l'université, se sont convertis en véritables fumoirs, au détriment de bien des santés. Le fumeur avait tous les droits et personne ne pouvait même penser que le non-fumeur put avoir des droits. Il n'avait qu'à sortir. Puis sont venus les questionnements écologiques et la revendication des droits des non-fumeurs. À force de démonstrations et d'études, on a convenu de la nocivité de la cigarette sur la santé et sur l'environnement, faisant du fumeur un agresseur, du non-fumeur une victime. Nous sommes maintenant au bout du pendule et cela nous donne le spectacle de fonctionnaires traqués qui fument en cachette dans les toilettes ou qui sortent dehors en plein hiver pour s'adonner à leur vice. Certains doivent même subir des suspensions pour avoir fauté. Profiteur, l’État taxe à qui mieux, mais les délinquants fraudent et la contrebande se répand. Beaucoup pensent que les économies de taxes des Québécois se transforment en armes du côté des réserves amérindiennes. Dans l'éthique d'aujourd'hui, fumer est un mal (contre soi, contre autrui, contre la nature), ce qui n'empêche pas les adolescents, et me semble-t-il surtout les adolescentes, de se mettre à fumer plus que leurs aînés. Le risque de la cigarette ne pèse pas lourd quand l'acte de fumer vous confère un statut de contestataire aux yeux des pairs.

Bélanger (Jean-Pierre) et Desrosiers (Gilles), NOUVELLES ORIENTATIONS DES POLITIQUES SOCIALES POUR UNE SOCIÉTÉ EN MUTATION. Éléments de diagnostic et de solution. Octobre 1996 Chapitre 1, pp. 9 à 27. Québec, Gouvernement du Québec, Ministère de la santé et des services sociaux, octobre 1996, 71 pages.

"La société québécoise n'échappe pas aux mouvements de fond qui affectent l'ensemble des sociétés occidentales. Non seulement faut-il mieux comprendre ces changements pour essayer de mieux s'y ajuster, mais il faut aussi se rendre compte qu'ils échappent en bonne partie à notre contrôle. C'est le cas, par exemple, des bouleversements qu’entraîne la mondialisation des marchés. D'autres problèmes nous semblent davantage endogènes, comme, par exemple, les taux élevés de chômage chez les jeunes adultes, et ce n'est sûrement pas un hasard si la majorité des autres sociétés occidentales sont aussi touchées par les mêmes problèmes. Mais il n'y a pas non plus que des problèmes. Il y a aussi des signes d'espoir, comme l'extraordinaire vitalité dont fait preuve le mouvement communautaire dans plusieurs secteurs et le dynamisme nouveau de l'entrepreneurship chez une partie des jeunes.

"Mais on ne peut mieux comprendre ces développements positifs qu'en appréhendant le mieux possible la réalité des problèmes sociaux et des dynamiques sociales qui ont favorisé leur émergence, car dans la mesure où il s'agit de nouveaux moyens d'adaptation à une réalité nouvelle, ils n'auraient vraisemblablement pas vu le jour s'il n'y avait pas eu nécessité de s'adapter. Ce qui ouvre aussi la porte à une autre réalité qu'il faut évaluer en fonction de ses conséquences et des personnes qu'elle touche: ceux et celles qui réussissent moins bien cette adaptation et qui risquent d'être exclus à des degrés divers du courant majoritaire de la société.

"Mais la nécessité semble parfois devenir mère de l'invention et de l'innovation. Par exemple, on retrouve d'un côté la croissance des taux de divorce, l'augmentation des familles monoparentales qui s'ensuit, de même que le risque que celles-ci se retrouvent à l'aide sociale, un fort taux de décrochage et la fermeture d'écoles de quartier. De l'autre, on assiste à la création de nouveaux réseaux sociaux et économiques (cuisines collectives, maisons de quartier, haltes-garderies), à la mise sur pied de maisons et de regroupements de jeunes, etc.

"Ces développements ne doivent pas nous empêcher de faire le bilan de la situation globale. Or, le véritable moyen de tester les politiques publiques et les mouvements communautaires demeure le résultat final: le nombre de chômeurs, de laissés-pour-compte, d'exclus, la croissance des inégalités, etc. Et, à ce niveau, le bilan est loin d'être positif.

CÔTÉ (Charles), " 
Les faits saillants touchant les changements intervenus dans la société québécoise lors de la Révolution tranquille " (2000).

Un tableau comparatif sur les caractéristiques sociologiques du Québec avant et après la Révolution tranquille, (pas si tranquille que ça puisque, pour reprendre les paroles de Charles, elle a entraîné plus de 18,000 morts violentes, c'est-à-dire 18,000 suicides) extrait du livre de Charles Côté et Daniel Larouche, Radiographie d'une mort fine. Dimension sociale de la maladie au Québec. (pp. 166 à 168) Chicoutimi: Les Éditions JCL inc., 2000, 286 pages. Cliquer sur le lien ci-contre pour accéder au texte. Texte reproduit intégralement avec l'autorisation de l'Éditeur québécois, Les Éditions JCL inc.

GUINDON (Hubert), "
Chronique de l'évolution sociale et politique du Québec depuis 1945" in CAHIERS DE RECHERCHE SOCIOLOGIQUE, no 30, 1998 (pp. 33 à 78). Montréal : département de sociologie, UQAM.

"Ce texte se veut surtout une narration descriptive de l'évolution du contexte social du Québec durant la seconde moitié du XXe siècle. Or une telle entreprise fait face à deux embûches.

"La première est liée à la préoccupation de bien paraître: c'est là un trait commun à tous les individus à l'intérieur de leurs groupes d'appartenance respectifs, commun aussi aux groupes d'appartenance eux-mêmes, qu'il s'agisse de la famille, du village, d'une nation, d'un pays. Ce trait existe probablement dans toutes les cultures, et peut-être bien depuis l'aube de l'humanité. De la même manière, une telle préoccupation caractérise les membres d'une génération par rapport à l'image que s'en fait la génération qui lui succède. Everett C. Hughes s'est employé à faire comprendre que si le passé imparfait, grammaticalement parlant, coïncidait avec le passé récent, il arrivait assez souvent que cet "imparfait" récent soit également vrai sociologiquement parlant.

"La seconde embûche est liée à la première et vient de ce qu'il est toujours possible que l'observateur extérieur n'ait pas compris ou ait mal compris la réalité qu'il prétend analyser, précisément parce qu'il n'en fait pas partie, et qu'il prête ainsi le flanc à la critique et que sa volonté de bien paraître en prenne un coup. Il est vrai que l'observateur du dedans est piégé du fait d'appartenir à la réalité qu'il observe, par ses appartenances personnelles: appartenance à une profession, à un groupe d'âge, à un groupe ethnique, appartenance ou opposition religieuse, piégé encore par ses positions idéologiques, son identité sexuelle, sans oublier ses ambitions personnelles, ses solidarités spontanées et celles qui sont professionnellement requises, son orientation sexuelle, sa biographie et combien d'autres choses encore. Et si l'on ajoute à cela le fait que presque tous ces éléments d'identité sont des constructions sociales progressives susceptibles de mutations, il paraît sage de se comporter comme le citoyen dont parle Hannah Arendt, lorsqu'il s'adresse à ses pairs, et d'introduire son discours en disant: De mon point de vue, il me semble à moi. Il s'agit donc évidemment alors d'opinion et non de science. La science d'aujourd'hui, surtout en sciences sociales, semble condamnée à devenir l'opinion d'autrefois.

"Cela dit, il n'est pas question d'éviter de dire ce qui puisse choquer. Il reste que c'est l'observateur marginal qui est le plus susceptible de dire franchement le fond de sa pensée, car sa marginalité même le protège autant des foudres que des flatteries des puissants ou de son entourage auquel il ne s'est jamais pleinement intégré. Hannah Arendt s'attendait à ce qu'il y ait parmi les intellectuels des "parias conscients", et non seulement des "parvenus", et elle accordait sa confiance plus aux premiers qu'aux seconds. Sur la question juive de la fin du siècle dernier en France, par exemple, elle préférait nettement Le fumier de Job de Bernard Lazarre à L'antisémitisme de Jean-Paul Sartre.

"Cet essai est donc une lecture personnelle du passé récent québécois à l'imparfait - par un sociologue seul qui n'a pas, de plus, l'intention de faire une revue de tout ce qui s'est écrit en sociologie sur le Québec. La méthode utilisée sera simple et basée principalement sur la mémoire défaillante d'un vieillard qui se remémore ce dont il a été témoin et qui en fait une narration descriptive, d'où le terme "chronique" dans le titre de cet essai. Ce n'est pas une narration d'événements, mais une narration des enjeux successifs qui ont traversé la société québécoise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Langlois (Simon), "
Culture et rapports sociaux: trente ans de changements", in revue ARGUS, hiver 1992, vol. 21, no 3, pp. 4-10 (Directeur de la recherche, Institut québécois de la recherche sur la culture et professeur titulaire au Département de sociologie de l'Université Laval).

"La société québécoise a connu depuis plus de trente ans d’importants changements. Nous passerons rapidement sur certains d’entre eux: o vieillissement, o diversité culturelle, o ouverture au monde par le biais de la circulation des biens, des idées et des personnes. D’autres changements sont moins bien connus, tels que o les effets de générations et o la détérioration de la situation relative des jeunes, o la mutation des modes de vie, qui est source de nouvelles différences sociales, et o la diversité accrue des comportements. De nouveaux traits culturels émergent, l’un des plus marquants étant sans aucun doute o l’importance accordée à la personne. Ce texte ne prétend pas être exhaustif; tout au plus, essaie-t-il de fixer quelques idées pour baliser la compréhension des changements en cours.

"La Révolution tranquille a été porteuse d'une utopie: celle de construire une société moderne, prospère, ouverte au changement. On a prétendu que cette société avait tourné le dos à la tradition et à son passé - malgré les injonctions qu'appelle la devise officielle, Je me souviens - afin de s'engager dans la voie de transformations qui sont apparues radicales à plus d'un. Avec le recul du temps, il apparaît que ces changements n'ont pas été propres au Québec, loin de là. D'autres sociétés les ont vécus avec à peu près autant d'intensité, comme l'indiquent les premiers travaux d'une analyse comparée portant sur le Québec, la France, l’Allemagne et les États-Unis.

"Nous nous limiterons, dans les pages qui suivent, à esquisser quelques changements en cours au Québec, exposé qui servira en quelque sorte d'introduction au présent numéro. Les changements dont nous traiterons ici ne manquent pas ou ne manqueront pas en effet de toucher les bibliothèques et les centres de documentation de même que les bibliothécaires eux-mêmes. Cette analyse sera loin d'être exhaustive. Nous avons plutôt choisi d'aborder cette question vaste du changement socioculturel à partir de quelques coups de sonde portant sur différentes dimensions, depuis des éléments de morphologie sociale, les rapports sociaux, les représentations sociales et les valeurs. On terminera par un bref examen d'une question centrale: la société contemporaine devient-elle plus homogène, ou au contraire. évolue-t-elle vers une plus grande diversité ?

Langlois (Simon), Tendances de la société québécoise 1999. Version finale de Que99.doc (3 septembre 1998), 24 pages. : http://www.soc.ulaval.ca/profs/langlois/. Toutes les données contenues dans ce texte, de même que les tableaux (en version intégrale) ayant servi à la construction des graphiques, sont accessibles en format PDF ( Portable Document Format / Acrobat Reader), sur Internet à l’adresse suivante : http://www.soc.ulaval.ca/tendances/

Ouellet (Danielle), "
Repères pour une société en mutation", in revue FORCES, no 100, hiver 1992-1993, pages 15 - 20. Une entrevue avec Guy Rocher, sociologue.

"Homme d’action et de réflexion, Guy Rocher a partagé sa vie entre la sociologie appliquée et le silence des bibliothèques universitaires. Passionné par les liens sociaux depuis son enfance, il a été de tous les grands changements de la société québé-coise depuis quarante ans, que ce soit à titre d'acteur ou d'observateur attentif.

"Après ses études en sociologie à l'Univer-sité Laval de Québec, Guy Rocher est recruté comme professeur par le père Georges- Henri Lévesque, l'âme de la faculté de sociologie de cette uni-versité. Il poursuit ensuite des études supérieures à l'Université Harvard, aux États-Unis, où il s'inté-resse à la sociologie de la religion et découvre l'univers de la pensée allemande et de la pensée britannique. Il revient à l'Université Laval où son engage-ment social est alors celui d'un uni-ver-si-taire qui s'emploie à créer au Québec une science sociale critique de la société.

"Avec la Révolution tranquille, les institu-tions sont appelées à changer. Guy Rocher participe, pendant cinq ans, à la Commission Parent sur la réforme de l'enseignement. La réflexion déborde le cadre de l'éducation et les membres examinent en profondeur l'ave-nir du Québec.

"Sa mission accomplie, il se retire à nou-veau dans la solitude des bibliothèques universitaires, en Californie d'abord, puis à l'Université de Montréal. Il n'en sortira qu'en 1977 pour accepter un poste au gouver-nement à Québec. Il est aujourd'hui professeur-chercheur au Centre de recherche en droit public de la faculté de droit de l'Université de Montréal.

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Dernière mise à jour de cette page le Vendredi 16 janvier 2009 07:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue